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Didier Trénet, dessinateur et sculpteur : « le bois THT, une solution innovante pour donner corps au Caprice de Nairobi »

il y a 3 mois
Didier Trénet, dessinateur et sculpteur : « le bois THT, une solution innovante pour donner corps au Caprice de Nairobi »

C’est un projet tout à fait atypique et totémique au carrefour de l’art et de la diplomatie. Pour créer et concevoir l’œuvre Caprice de Nairobi, l’artiste Didier Trénet a choisi le bois traité par haute température Ducerf. Une statue impressionnante qui trône depuis le 14 juillet dernier au cœur de la nouvelle ambassade de France au Kenya. Une jolie aventure. Rencontre avec Didier Trénet…

 

Quelle était la genèse de ce projet ?
Didier Trénet :
C’est une aventure particulière car il s’agit d’une œuvre conçue et réalisée dans le cadre du « 1% artistique », pour la nouvelle ambassade de France à Nairobi au Kenya. Ce qui est intéressant avec ces appels d’offres pour des commandes publiques, c’est que l’on est souvent amené à produire quelque chose que l’on n’a jamais produit, avec des matériaux que l’on n’a pas forcément utilisés auparavant et dans des contextes budgétaires spécifiques. Ici s’ajoutait la caractéristique du lieu : une ambassade, la distance : hors métropole, et un délai très serré !

Quelles sont les points qui ont séduit les maîtres d’œuvre et d’ouvrage ?
Didier Trénet :
En finale, nous étions 5 artistes à la sensibilité et au savoir-faire très différents, ce qui offrait un panel de choix vraiment très riche au jury constitué des maîtres d’œuvres, de représentants du milieu artistique, de l’architecte et de l’ambassadeur. Il a fallu présenter le projet et l’argumenter lors d’un oral en forme d’échange. Il s’agit là de partager une vision, d’expliquer la démarche artistique mais aussi de rassurer sur différents aspects techniques. Des points qui sont importants notamment pour convaincre l’architecte. Au final, c’est la perception de chacun qui fait la différence et ils ont été sensibles à ce projet Caprice de Nairobi, sa symbolique, son esthétique, son emplacement…

Le lion et la grue royale pour trôner au cœur de l’ambassade

Imaginer et concevoir ce projet vous a demandé une immersion totale dans la culture du pays et dans les relations qu’il entretient avec la France et l’Europe…
Didier Trénet :
Oui, tout à fait ! Dans un premier temps, ma façon de travailler s’apparente à celle d’un chercheur. Je mène une sorte d’enquête en réalisant une étude documentée du pays, du contexte local et en élargissant le spectre. Car c’est l’Afrique, c’est le Kenya, mais c’est aussi une ambassade avec des relations diplomatiques et culturelles. Le but est d’essayer de trouver une sorte de terrain commun, de proposer une lecture qui met en scène les continuités à la fois historiques et géographiques entre la culture occidentale, qui est très ancrée sur l’antiquité gréco-romaine, et les traditions et pratiques kenyanes. J’envisage aussi l’aspect iconographique avec les contes et légendes qui mettent en scène des animaux. On les retrouve dans l’antiquité grecque et les fables de Jean de La Fontaine au XVIIe siècle. La figure du lion, présente sur le blason du pays, est, par exemple, omniprésente dans la culture européenne et autour de la méditerranée. C’était un bon point d’ancrage. D’autant que cet animal est au cœur d’un conte indien qui renvoie aux aspects de la diplomatie, similaire à la fable « le loup et l’agneau » de La Fontaine. C’est intéressant parce qu’il se trouve qu’au Kenya il y a une très forte communauté indienne depuis l’époque des colonies anglaises. L’autre animal symbolique de la ville de Nairobi est la grue royale. Donc l’enquête a abouti à une inspiration : proposer une statue maîtresse de temple, installée sur un emplacement relativement évident au coeur de l’ambassade.

Etait-ce un symbole que cette œuvre trône dans ce passage entre les 2 bâtiments ?
Didier Trénet :
Oui, elle souligne l’avant et l’arrière de l’édifice. L’avant c’est le parvis, c’est l’entrée, c’est l’ouverture au public. Alors que l’arrière c’est le jardin, une partie plus intimiste. Cela permet une forme de théâtralisation de l’espace. Ce passage est aussi intéressant car c’est une sorte d’accident dans le projet architectural. A l’origine, l’architecte le souhaitait vitré mais le projet a été modifié pour des raisons de sécurité. Ils sont donc arrivés à cette solution un peu étrange. Après il y a les aspects liés à la matérialité, à la symbolique, qui m’ont amené à choisir le bois et le bronze. Le bronze renvoie évidemment à l’antiquité grecque. Et le bois est au cœur de la tradition dans la sculpture, que ce soit dans tous les âges et dans toutes les cultures. Les statues en bois se sont toujours prêtées à des rites, à des visions, à des miracles… cette forme de magie crée la part animique des traditions africaines.

Le bois THT Ducerf pour sa légèreté, sa pérennité et pour le respect de l’environnement

A titre personnel, quel est votre rapport au bois ?
Didier Trénet :
C’est étonnant car j’avoue qu’auparavant j’avais très rarement utilisé ce matériau alors que je suis fils de menuisier. J’ai baigné dans cet univers durant mon enfance et j’ai conservé quelques familiarités avec le bois que j’ai retrouvées avec ce projet. D’ailleurs, la principale question qui m’a préoccupé c’est le fait de choisir la bonne essence de bois. Il y avait des contraintes de pérennité, d’entretien, de rendu esthétique…

Comment votre choix s’est-il porté sur le peuplier ?
Didier Trénet :
Le peuplier fait partie des bois qui sont propices à la sculpture, comme le tilleul, des essences qui présentent peu de nœuds. Autres atouts du peuplier, sa légèreté et sa relative facilité à être travaillé. Et puis c’est le bois que proposait Ducerf.

Justement, comment avez-vous connu le groupe Ducerf ?
Didier Trénet :
Tout simplement sur internet ! J’ignorais l’existence des techniques de traitement du bois par hautes températures. J’ai trouvé cette solution très intéressante et innovante pour donner corps à l’œuvre car elle évite de faire des trempages et d’utiliser des produits chimiques pour conserver le bois. Cet aspect est important dans un contexte où tous les acteurs deviennent sensibles au respect de l’environnement. Ducerf est l’un des précurseurs du THT et nous sommes voisins car je suis installé à Trambly en Saône-et-Loire. J’ai donc pris contact et j’ai pu échanger avec les techniciens qui m’ont guidé dans le choix de la bonne essence, la quantité (3 à 4 m3 de peuplier) et les techniques pour faire assembler et relier tous les éléments.

Bien accompagné par l’équipe Ducerf

Avez-vous été satisfait de la qualité du bois ?
Didier Trénet :
Complétement car c’était quand même une inconnue pour moi et mes attentes étaient précises : il fallait donc qu’il soit facile à travailler, facile à manipuler, facile à transporter et qu’il entre dans le budget donné. Bien qu’ils ne soient pas spécialistes des sculptures, tous ces éléments ont bien été pris en compte par les membres de l’équipe Ducerf.

Combien de temps s’est écoulé entre la période où vous avez été choisi et la livraison de l’œuvre à Nairobi ?
Didier Trénet :
Un laps de temps un peu trop court ! Il fallait calculer une période tampon suffisamment importante pour pouvoir assurer le transport et l’installation dans les temps impartis, donc je disposais d’un mois, c’était jouable mais un peu la course. Habituellement dans les marchés publics, on a une petite année pour réaliser et livrer. Là, ils tenaient absolument à ce que ce soit inauguré le 14 juillet, en même temps que l’ambassade. J’ai eu quelques petites frayeurs, mais heureusement tout s’est bien passé !

Inaugurée le 14 juillet avec beaucoup de retours positifs

Comment le Caprice de Nairobi a-t-il été reçu ?
Didier Trénet :
Le 14 juillet dernier l’inauguration était une grosse manifestation. L’ambassade recevait plusieurs milliers de personnes, des diplomates, des partenaires, du public. Il y a eu une vraie curiosité, c’était intéressant. Je leur ai livré une publication qui permet d’avoir une appréhension, de contextualiser cette œuvre pour qu’elle soit comprise. Nos échanges ont été limités, mais je pense que le commanditaire est très content et j’ai eu beaucoup de retours positifs. Plus largement, dans ces cadres diplomatiques, si les enjeux sont évidemment très vastes, il y a ce qu’on appelle le soft power, une approche par la culture, par l’art, qui peut amener à tisser des liens, à créer des formes d’ouverture. C’est assez passionnant !

C’est donc l’une des premières fois que vous utilisiez le bois, cela vous a donné des idées pour de futurs projets ?
Didier Trénet :
C’est tout à fait possible que pour de futures commandes j’opte pour le bois THT qui est vraiment intéressant, notamment dans le registre des productions statuaires. Ces dernières décennies, on utilise toujours les mêmes matériaux, c’est-à-dire de la résine polyester, pour répondre à des demandes d’œuvres pérennes en extérieur. De mon point de vue, ce n’est pas très riche et je pense que tous les acteurs auraient à gagner à s’ouvrir à de nouvelles techniques !

En savoir plus :

Plaquette officielle de publication Caprice de Nairobi – Didier Trénet – Sculpture & Diplomatie
Du Bois THT pour Le Caprice de Nairobi
Didier Trénet et la Galerie Papillon -
Architectes – Agence Terreneuve, Paris

Crédits Photos : Sylvie BONNOT

Didier Trénet, dessinateur et sculpteur : « le bois THT, une solution innovante pour donner corps au Caprice de Nairobi »
Didier Trénet - Sculpteur & Dessinateur -Crédit photo Sylvie Bonnot
Caprice de Nairobi, Ambassade de France, Kenya - Crédit photo Sylvie Bonnot
Mixité Bois & Bronze - Crédit photo Sylvie Bonnot
Bois peuplier THT - Crédit photo Sylvie Bonnot
Crédit photo Sylvie Bonnot
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